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L’aide personnalisée

 

Apporter une aide à un enfant qui ne comprend pas quelque chose,

demande d’avoir, au préalable, cherché à trouver ce qui fait obstacle à sa compréhension.

Cela peut relever :

· de sa non mobilisation : pas d’intérêt pour le problème posé ou mobilisation sur quelque chose d’autre qui l’envahit.

· d’un manque de confiance en lui plus ou moins important : un manque total de confiance dans ses capacités quelles qu’elles soient, un manque de confiance dans ces capacités à ce moment là, ou dans ce domaine là . Cela peut le conduire à un refus immédiat ou à un blocage devant l’erreur ou la difficulté.

Si l’enfant mobilise son attention

· il peut être incapable d’analyser le problème, de comprendre la situation qui lui est proposée, ou d’évaluer quelle est la nature ou l’importance du problème.

· il peut aussi tout simplement ne pas avoir encore assez évolué pour trouver une solution à ce type de problème.

 Il s’agit alors non pas d’un manque de capacité mais d’un développement de ses capacités qui n’est pas encore réalisé.

 

Aider un élève suppose donc de prendre en compte ces dimensions pour trouver ce qui gêne l’apprentissage et mettre en place les conditions du dépassement de cette gêne.

 

La relation duelle maître -élève positionne l’élève dans une relation inégalitaire : le maître sait , et il attend quelque chose de précis. Cette distance par rapport au savoir attendu peut placer l’élève dans une difficulté de recherche. S’il peut travailler avec un camarade, un pair, cela peut l’aider à dépasser la difficulté parce que ses tâtonnements seront partagés et qu’il sera entendu par quelqu’un qui se situe au même niveau que lui.

Quand un élève peut travailler avec un élève plus âgé et donc plus expert, la relation ne sera pas non plus égalitaire mais si la différence d’âge n’est pas trop importante la proximité d’accès au savoir sera perçue comme possible . Le vocabulaire utilisé se situera dans le même registre que celui de l’élève et cela peut faciliter sa recherche.

 

La nature de l’obstacle rencontré par l’élève se situe souvent dans son rapport au savoir rencontré sur le moment. Il existe peu de documents de recherche qui cherchent à situer les difficultés possibles d’apprentissage dans les différents domaines abordés à l’école, en fonction de l’âge des élèves. La difficulté est souvent abordée du point de vue de l’élève comme relevant de Sa difficulté , alors que l’on sait cependant que tous les ans un certain nombre d’élèves vont buter sur le même type de difficultés .

Il serait intéressant de réfléchir à ces obstacles récurrents, rencontrés chaque année dans les différents domaines scolaire pour situer leur nature et leur origine.

On pourrait donc essayer de réaliser une liste de constats pour construire des pistes de travail qui chercheraient à répondre à ces difficultés en tenant compte du développement des capacités de l’enfant.

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Des obstacles dans le domaine de la langue

 

 

CONSTAT

PISTES

Ce qui peut faire obstacle

 

PS - MS

Ne connaît pas le vocabulaire ou la syntaxe utilisés

Reformuler, montrer, trouver des liens d’accès

L’enfant de cet âge a besoin de voir dans l’immédiat pour relier

 

 

GS

Ne relie pas l’oral et l’écrit

Commencer à « jouer » avec les mots

Nommer les éléments du code et les liens qui justifient leur place et leur utilisation

Ne réalise pas encore le lien entre les éléments du code

( lettres, syllabes, mots, phrase)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CP

Ne comprend pas ce qu’il déchiffre

Montrer le non sens de la réponse

Faire évoquer des possibles :

dès la lecture de la phrase ,

dès la lecture du mot précédent,

de la première syllabe

Se situe uniquement dans le déchiffrage du code et n’évoque pas une signification possible

Ne prend pas en compte le code, cherche seulement à « deviner »

Faire vérifier chaque syllabe

Faire lire ou composer des mots isolés ( mots croisés)

N’a pas compris la nécessité du code

 

Ne mémorise pas les phonèmes

Liste guide de phonèmes à faire remplir individuellement avec dessin et écriture perso

N’a pas encore créé de références personnelles

Ne lit que quelques mots

Faire noter dans un répertoire perso les mots connus

Demander à chacun ce qu’il voudrait savoir de plus

Pas de sentiment de réussite

Nécessité de faire verbaliser un désir possible sur un exemple restreint qui pourra alors être envisagé comme possible

 

 

 

 

 

CE

Ne trouve pas le verbe de la phrase

Faire listes de verbes proposés en mimant l’action

Ne différencie pas la nature des mots

 

Faire varier le temps de l’action pour faire constater les transformations du verbe

et la signification de la phrase

Ne situe pas le temps

Ne trouve pas la nature des mots

Aider à la création de catégories en écrivant des phrases sans verbe, sans sujet,

N’a pas perçu l’organisation de la phrase en éléments distincts

La perçoit comme un tout

 

 

 

 

 

 

 

CM

Ne réalise pas l’accord des mots

Demander d’écrire une phrase d’expression seul , puis la faire écrire à 2, puis à 4 ; Faire constater les transformations

Ne prend pas en compte le singulier et le pluriel comme éléments de signification

Ne conjugue pas les verbes correctement

Faire lire et écrire des phrases dans des registres différents :

On raconte = c’est passé

On voit = c’est présent

On imagine, on se projette= ce sera , peut-être le futur

Ne perçoit pas le temps comme élément de signification de la phrase

Ne mémorise pas l’orthographe des verbes conjugués

Faire réaliser une roue des conjugaisons pour que l’élève retrouve les règles générales de la conjugaison

N’a pas construit un cadre de référence rapide entre sujets et accords

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Le développement de l’enfant et de l’élève…

 

Les difficultés d’apprentissage peuvent aussi provenir dun développement de la pensée qui n’autorise pas encore à percevoir une certaine complexité. Un tableau des différents évolutions du développement de l’enfant peut aider à comprendre ce qu’il ne peut pas faire.

Tant qu’un enfant ne possède pas une pensée « réversible » qui peut allier , présent, passé, futur, cause et conséquence qui en découle, il ne peut raisonner que sur deux éléments distincts.

C’est pour cela qu’un enfant de maternelle ne peut réaliser une « opération » dans le sens d’une transformation qui suppose un résultat qui en découle. Il peut cependant effectuer un calcul parce qu’il décompose les étapes une par une et qu’il les réalise l’une après l’autre.

C’est aussi ce qui peut empêcher un élève de comprendre que la dizaine devient une « unité » de base dans la numération parce qu’il ne la perçoit pas comme un tout signifiant qui détermine une autre valeur au chiffre considéré en fonction de la place qu’il occupe .

Quand on construit le nombre en se situant sur ses décompositions, et non sur l’ordre mémorisé de la suite numérique , on favorise l’habitude de se référer à des éléments qui se transforment  et le passage à une autre catégorisation, à une autre classe, est favorisé.

Le rapport au nombre et le rapport à l’écrit, qui se construisent petit à petit dès le plus jeune âge, vont permettre à l’enfant de se situer différemment suivant l’approche qui lui sera offerte par son entourage.

Il est donc nécessaire de savoir comment fonctionne la pensée de l’élève pour l’aider à avancer dans ses possibilités de développement. Mais il est difficile de trouver les mots justes qui feront écho à la difficulté du moment. Le travail de recherche à plusieurs, qui expriment à haute voix le déroulement de leur réflexion, peut aider les élèves à enrichir les étapes et la complexité de leurs recherches. Le rôle de l’enseignant consiste alors à proposer des situations qui favorisent ces recherches et ces échanges et à faire émerger en fin de séance de quelle façon la recherche s’est réalisée et pourquoi.

Quand un enseignant se place en situation duelle avec l’élève il peut éclaircir un point de détail , donner une explication ponctuelle ; il peut affiner son diagnostique sur ce qu’il a perçu de la difficulté de l’enfant ; il peut proposer une piste de travail, un nouvel outil. Il peut accompagner une situation de découverte ou de recherche.

Mais il ne peut pas résoudre une difficulté d’apprentissage de l’enfant parce que celui-ci a besoin de tâtonnements et de confrontations pour faire évoluer ses conceptions. L’élève a besoin de temps, d’encouragement, d’échanges, d’essais , d’erreurs qu’il va devoir reconnaître pour pouvoir les dépasser et les corriger en acceptant les transformations qu’elles supposent. C’est un travail de chaque jour qui demande un regard positif, une écoute attentive et qui ne peut se réaliser que si la recherche de l’élève se situe dans un projet porteur de sens pour lui.

Quand l’école n’offre pas de sens, ou que l’élève ne se reconnaît pas dans la situation proposée , il n’y a pas apprentissage , même si la tâche demandée est réalisée. La mémoire à long terme ne va pas être sollicitée. Le transfert de connaissances ne pourra se réaliser.

Soutenir un enfant, lui offrir de l’aide, demande de le reconnaître en tant qu’enfant et en tant qu’élève et de lui laisser le temps et le désir de progresser. Cela demande aussi de le laisser vivre dans un groupe qui lui permet de se situer, en tant qu’enfant et en tant qu’élève, pour que les situations de chaque jour, dans leur continuité, puissent participer à son désir de vivre le futur et de s’y inscrire avec un projet personnel. C’est à partir de la culture commune de la classe que l’élève peut relier les demandes, les attentes, qu’il peut accepter de dépasser les obstacles nés des situations d’apprentissage  et qu’il peut trouver une place.

Pour que cette place de l’élève soit en mouvement et évolue,

elle doit participer au projet commun du groupe classe et ne pas s’en sentir exclue, d’une manière ou d’une autre.

 

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