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La logique

 

Développer la logique , pourquoi ? Sur quelles bases ?

 

Jouer à un jeu de mémory ou de sudoku développe des capacités d’observation, de mise en relation, de déduction . Les repères qui permettent de mettre en mémoire les éléments peuvent aussi aider à construire des catégories de référence sur la base de l’identité, de la ressemblance ou sur la distinction de  différences.

Mémory : Si les éléments sont très différents, ils sont distingués et mis en mémoire très facilement. Ils appartiennent le plus souvent à des catégories différentes : objets différents.

S’il s’agit d’une même catégorie de référence ( animaux différents ) la particularité de l’animal permet une distinction rapide parce que les animaux ne se ressemblent pas beaucoup sauf exception.

Si on veut compliquer la situation, on peut alors prendre le même objet de référence et en faire varier un ou plusieurs traits distinctifs : couleur, taille, position, mise en action . Il devient alors plus difficile de distinguer et de mettre en mémoire. La catégorie de référence devra prendre en compte non pas seulement l’élément principal, qui reste le même, mais l’attribut particulier qui permet de le distinguer : cochon bleu, vert, rouge, jaune  ou :  cochon qui mange, qui dort, qui court, qui est assis…

La situation deviendra très complexe quand on obligera à prendre en compte les deux catégories de référence dans le même jeu , l’animal et un de ses attributs : le cochon qui dort, le cochon qui mange, le cochon qui court ; la vache qui dort, la vache qui court, la vache qui mange ; le cheval qui dort, le cheval qui court, le cheval qui mange.

Cette complexité demande à faire appel à un classement de nature différente pour devenir opérationnelle rapidement : ceux qui dorment, ceux qui mangent et ceux qui courent, et : cochon, vache, cheval.

Cette possibilité de différenciation sur deux éléments qui ne sont pas de même nature : catégorie de référence, attribut particulier, n’est pas facile à construire pour l’enfant de maternelle.

Pour l’aider à construire ces repères de nature différente on peut lui montrer par des classements visibles ce qu’il peut distinguer : on pose toutes les cartes sur la table et on met en ligne tous les animaux : une ligne de vaches, une ligne de cochons, une ligne de chevaux. Les animaux sont alors clairement distingués et peuvent apparaitre dans leurs différences : les couleurs. On peut donc ensuite déplacer les cartes de façon à mettre en colonne les couleurs : la colonne des jaunes, verts, etc… Les deux critères de classement seront visibles et pourront alors être mis en mémoire .

C’est sur la base de ce type de classement que fonctionne le sudoku.

On peut donc jouer avec des enfants de maternelle à des sudokus de 4 images à placer de telle façon que dans chaque ligne et dans chaque colonne il n’y ait qu’une seule image identique .

Cela demande des capacités d’observation  et de déduction. C’est bien sur la base de la prise en compte de la différence des 4 images et de la distinction des 4 places que le jeu va pouvoir se réaliser.

Là encore la distinction se réalisera plus facilement suivant les paramètres à prendre en compte : éléments principaux tous distincts ; un élément identique dont on fait varier un seul, ou plusieurs,  paramètre, plusieurs  éléments identiques dont on fait varier des paramètres qui peuvent être identiques ou différents…

Ces deux jeux développent des capacités de logique : observation, prise en compte de paramètres particuliers, de catégories de référence, déduction.

 

Cette capacité à générer des catégories est utilisée par la pensée pour comprendre le monde

et se situer ou situer ce qui s’y passe.

Mais dans ce type d’activité, les classements  sont réalisés hors contexte.

Il n’y a pas prise en compte d’une réalité qui peut varier . La particularité des situations de ces « jeux » se rattachent uniquement à des paramètres qui ne peuvent pas varier puisqu’ils sont définis, à l’avance,  par les images qui composent les jeux.

Quand le mécanisme de sélection et classement est compris, il fonctionne «  à vide », c'est-à-dire qu’il devient indépendant d’un raisonnement à construire.

Dans la réalité de la vie et des situations, la pensée doit prendre en compte des paramètres qui sont différents à chaque situation et qui peuvent varier de manière différente suivant les contextes. La capacité de logique n’est donc pas suffisante pour que le raisonnement puisse opérer les classements. Il est aussi nécessaire de pouvoir faire un tri , voire des classements, sur les informations pertinentes, sur le choix de ce qui va être nécessaire ou possible et sur la manière dont cela va devoir être associé, trié, combiné.

C’est le propre de la pensée complexe : l’adaptation à la prise en compte de la variabilité des situations et de ce que cela suppose comme changements à prendre en compte.

 

Ces jeux ne permettent donc pas de construire des raisonnements complexes mais de construire une forme de raisonnement, particulière à chaque situation.

Il serait intéressant de montrer à l’enfant que ce même jeu peut varier à l’infini ; qu’on peut changer les éléments, les paramètres et même les règles…

Et que donc ce qui est important, n’est pas le jeu lui-même

mais la capacité que l’on possède de le faire varier parce que nous pouvons tout changer !

 C’est bien alors le pouvoir de la pensée de l’enfant qui opère et dont il prend conscience. Il apprend ainsi à comprendre et à construire la notion de point de vue et il peut alors ensuite opérer des transferts de toutes natures. Il n’est plus restreint ou limité par une notion, un paramètre, une catégorie, une forme de pensée ( tri, classement, ordre ) qui représentent autant de possibilités que de limites ….

C’est ce qui se passe quand l’enfant joue, tout seul ou à plusieurs !

Il opère des choix, il construit et fait varier les  situations . Et il adapte ses gestes, son langage et ses intentions en fonction de ce qui se passe.

Le « jeu » de l’enfant est un vrai « travail » dans le sens ou il le conduit à « opérer » c'est-à-dire agir en fonction de ce qu’il a compris de la situation dans laquelle il se trouve .

On ne peut pas laisser les enfants jouer à l’école toute la journée parce qu’ils ne seront pas confrontés à toutes les situations qui peuvent les faire évoluer. Il est important aussi qu’ils sachent qu’ils ne peuvent pas avoir la maitrise de toutes les situations et que des apports extérieurs sont nécessaires .

Il serait souhaitable cependant que la place du jeu de l’enfant soit interrogée

et pensée à partir de ce développement de sa pensée et non comme un temps vide d’apprentissages.

Il serait donc important d’offrir à chacun des temps de « jeux » libres qui sont en fait des temps d’expérimentation, de confrontation et de tâtonnement pour assoir les hypothèses et les intentions, qui permettent de relier causes et effets, chacun à son rythme et à sa façon.

Pour les mêmes raisons,  les situations , activités ( et «jeux» pédagogiques) proposées à l’école, pourraient elles aussi être interrogées pour voir ce qu’il en est vraiment du développement de la pensée de l’enfant .

Très souvent l’activité est réalisée sous la forme d’une tâche dont le sens ou la nécessité appartiennent à l’adulte … Il n’y a pas nécessairement apprentissage pour l’enfant mais obéissance à une consigne qu’il doit intégrer pour reproduire un résultat attendu par l’adulte qui pense alors avoir fait « travailler »  l’enfant. L’activité menée par l’enfant lui a sans doute permis de réaliser des gestes ou de donner une réponse mais a-t-il pour autant «  pénétré » un nouveau rapport au savoir, a-t-il construit ou développé une connaissance qu’il ne possédait pas déjà ??

La compétence ou le savoir faire attendus placent souvent l’enfant

dans des situations de répétition de mécanismes ou de reproduction de modèles.

C’est souvent sur la base de l’expression de l’enfant, sur sa création, son questionnement ou son hypothèse que son rapport au savoir peut évoluer.

Il peut alors déconstruire ce qu’il « sait » pour passer à une autre possibilité parce qu’il est en position d’intérêt et capable de se décentrer par rapport aux croyances et aux certitudes de son âge. La tâche provoque le geste mais pas forcément la mise à distance nécessaire pour construire une nouvelle image mentale qui a justement besoin de se différencier de ce qui a été fait jusqu’ici.

C’est très souvent par la parole sur ce qui a été fait, construit, joué , que la mise à distance , le point de vue et la nouvelle perspective peuvent commencer à se construire. Et pour savoir où en est l’enfant, il faut le laisser mettre en mots, avec ses mots, l’écouter, le laisser dire , sans intervenir pour corriger à ce moment là, qui lui appartient et qui lui permet de se définir.

Le langage de l’enfant, quand il est écouté avec précision permet souvent de voir où il en est ,

comment il le perçoit et comment il en est arrivé là.

C’est sur la base de cette écoute et de ces constats que l’enseignant peut ensuite proposer à l’enfant d’autres paramètres , critères ou situations pour faire évoluer ses connaissances et son rapport au savoir.

Développer la logique et sur quelles bases ? Ou développer la pensée de l’enfant à partir de ce qu’il est , de ce qu’il fait, de ce qu’il dit ?

La logique relève d’une forme de raisonnement qui ouvre certaines portes mais en même temps ferme parfois l’entrée dans la mise à distance parce qu’elle enferme dans certains paramètres. Et ces paramètres appartiennent souvent aux adultes qui oublient alors eux- mêmes de se décentrer pour prendre en compte l’enfant tel qu’il est à cet âge là, à ce moment là.

 

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